Addiction aux jeux d’argent : tout ce qu’il faut savoir

L’addiction aux jeux d’argent, également connue sous le nom de jeu pathologique ou encore de jeu excessif, est une maladie psychologique reconnue, notamment par l'Association Américaine de Psychatrie. Tout comme l’addiction à l’alcool et à la drogue, elle doit être traitée pour éviter les conséquences désastreuses qu'elle entraîne dans la vie du joueur atteint. Voici les éléments importants que vous devriez savoir cette addiction.

Combien de personnes sont touchées par cette pathologie ?

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Il existe une référence mondiale pour répondre à cette question. Il s’agit d’une étude internationale publiée par quatre chercheurs (Giroux, Jacques, Ladouceur et Ferland) en 1996 et qui pose qu'environ 2 % d'une population adulte peut être considérée comme des joueurs à risque. Ce chiffre augmente avec le temps et surtout avec la facilitation d'accès aux jeux de hasard. Ainsi, en France, le nombre de joueurs à risque était d'un million en 2014, soit 2,2 % de la population adulte. En 2010, ils n'en représentaient que 0,9 %.

Ces joueurs à risque ne sont cependant pas les vrais joueurs à problème. Ces derniers, ceux que l'on peut réellement qualifier de joueurs pathologiques, représentaient en 2010 0,5 % de la population adulte, soit environ 200 000 personnes. Aujourd'hui, il semblerait que ce taux de prévalence n'ait pas augmenté, même si certaines études font souvent ressortir un chiffre plus élevé (600 000 joueurs excessifs, soit 1,3 % de la population) sans réellement avancer d'année d'étude. En comparaison toutefois, on est bien loin de l’Australie et de ses 7 %, ou encore des États Unis, de l'Angleterre ou encore de la Belgique dont la prévalence de joueurs pathologique tourne autour de 2%.

On peut dire cependant, et ce bien qu'il existe des individus plus enclins à développer cette addiction que d’autres, que personne n’est à l’abri de cette pathologie et que plus on s'expose aux jeux d'argent, plus la dépendance risque de s’installer facilement et rapidement.

Les symptômes du jeu pathologique

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Pour commencer, il faut préciser qu’il y a une différence entre jouer à l'excès et être dépendant. En effet, un joueur peut très bien faire spontanément une folie (après un gros gain généralement) et avoir momentanément du mal à s'arrêter sans pour autant ressentir le besoin vital de tout le temps jouer. L’addiction au jeu d’argent n’est donc pas forcément une question d’excès et on ne peut déterminer la dépendance d’un joueur par sa fréquentation du jeu et le budget qu’il y alloue. Cependant, il est vrai qu'il s'agit là d'une étape qui peut conduire à la dépendance.

Les symptômes de la dépendance apparaissent lorsque le jeu devient la seule chose qui intéresse le joueur. On reconnaît un joueur pathologique  à son comportement, lorsqu’il commence à ne plus penser qu’au jeu et qu’il néglige son travail, ses proches et sa famille. La pratique du jeu devient alors une obsession et, malgré les conséquences négatives que cela engendre, un joueur compulsif ne peut s'arrêter de jouer. La dépendance au jeu est effective lorsque l’envie du joueur devient un besoin, le divertissement évolue en une source de stress et que le plaisir se transforme en idée fixe.

On reconnaît un joueur compulsif à son incapacité à résister à la tentation de jouer et à son agitation et irritabilité quand il ne peut pas jouer.

Les phases d'une addiction

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La dépendance au jeu se fait en général en trois phases progressives.

Tout d’abord, la phase de gains durant laquelle le joueur à l'impression de gagner. Ces gains sont vus comme une récompense et vont l'encourager à continuer à jouer encore et encore dans l’espoir de gagner toujours plus et de ressentir l'excitation de la victoire. Mais à cette phase de gain va succéder, logique, une phase de pertes. Cette dernière peut durer très longtemps car du moment que le joueur disposera de fond pour financer sans conséquence son jeu, il n’y aura pas d’impacts négatifs palpables sur sa vie. La durée de cette phase dépendra donc des ressources financières à sa disposition. Mais une fois qu'il commencera à miser puis à perdre de l'argent qu'il ne pouvait pourtant pas se permettre de jouer, tout bascule : il va vouloir se refaire, c'est-à-dire regagner à tout prix ses pertes. Pour cela, il va naturellement se tourner vers les jeux et se sentir obligé de rejouer, miser des sommes de plus en plus fortes, ou encore prendre de plus en plus de risques pour gagner, quitte à piocher dans ses économies, dans ceux de ses enfants ou de son conjoint. Il va commencer à s'endetter et va alors, plus ou moins vite, être obnubilé par le jeu pour ensuite délaisser tous les autres aspects de sa vie, y compris ses proches. Il commence ainsi à se désocialiser à mesure qu'il se ruine au jeu.

A ce stade commence alors la troisième et dernière phase : celle du désespoir. Le joueur est alors ruiné, endetté, et il ne se contrôle plus. Il fera tout pour retrouver de l’argent pour rejouer, récupérer ses pertes et payer ses dettes. Pour ce faire, il n’hésitera pas à commettre des actes plus ou moins insensés comme voler ses proches ou encore faire la manche. Durant cette période, le joueur pathologique est également très souvent dépressif et ressent un fort sentiment de honte d’être tombé si bas. Le plaisir de jouer n’existe alors plus. Enfin, à cause de la dépression et pour fuir tous ses problèmes, il n’est pas rare que durant cette phase, un joueur compulsif ait des pensées suicidaires.

Les conséquences de l’addiction au jeu

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Les conséquences d'une addiction aux jeux d’argent sont souvent catastrophiques et affectent à la fois le joueur et son entourage. En plus des problèmes financiers évidents et d'endettement qu'elle provoque (cela arrive dès que le joueur joue des sommes qu'il ne devrait pas), l'addiction aux jeux entraîne également des problèmes médicaux (à cause du stress et de son état de santé de plus en plus dégradé), sociales (ruptures des liens familiaux, isolement), psychologiques (angoisse, dépression, stress, état de manque, etc.) et professionnels (absentéisme, perte de motivation, perte du travail, etc.).

Les troubles de l’humeur et le stress constant dont souffre le joueur pathologique peuvent également l'entraîner à se réfugier dans la drogue ou l’alcool, ce qui est dangereux car cela peut le mener dans d'autres addictions.

Mais le plus dangereux reste les pensées morbides que nourrissent les joueurs au dernier stade de la dépendance au jeu. Ces derniers se retrouvent dans une situation si dégradée (surendettement, situation financière précaire, isolement social, santé fragile) qu'ils se convainquent que seul le suicide est la seule solution à leurs problèmes. Le taux de suicide est ainsi très élevé chez les personnes dépendantes au jeu : entre 17 et 24 %. Ce taux y est d'ailleurs plus élevé que chez les personnes souffrant d'autres addictions.

Les jeux les plus addictifs

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Tous les jeux d'argent ne sont pas identiques et chacun possède son propre potentiel addictif. Il a ainsi été démontré (par Wood et Griffiths, deux chercheurs anglais) que ce sont les appareils de loterie vidéo qui sont les plus addictifs. Plus précisément, ce sont en général les jeux qui se jouent sur un écran vidéo qui attirent et accoutument beaucoup plus les joueurs. Cela s’expliquerait par le fait que les parties s'y enchaînent très rapidement et que les résultats sont instantanés. Tout y est d'ailleurs fait pour séduire et encourager le joueur : couleurs chatoyantes, animations sonores et jeux de lumière en cas de gains (même pour les petits gains) et surtout, il y a le sentiment du «  presque gagné  » qui encourage à rejouer car la prochaine sera sûrement la bonne n’est-ce pas  ? A cela s'ajoute le fait que ce type de jeux est faussement abordable et n’exige aucune compétence particulière pour y jouer, ce qui donne la possibilité de jouer de manière continue et répétitive.

Les jeux d’argent en ligne, comme le poker, sont également considérés comme très addictifs, car ils offrent une grande disponibilité, jour et nuit, et laisse le joueur seul face au jeu, sans contrôle extérieur ni limites. Un joueur en ligne qui n’a pas vraiment de lien avec le monde réel et qui joue dans le confort de son chez-lui peut vite déraper et à plus de chance de perdre le contrôle pour devenir un joueur compulsif. Heureusement, des solutions existent pour aider les joueurs en difficulté ou qui sentent qu'ils ont besoin d'aide pour sortir de la spirale du jeu.

Les solutions à la dépendance au jeu

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Comme dans toute dépendance, la première chose à faire pour un joueur compulsif sera d'éviter de se mettre dans des situations à risque qui exacerberaient son besoin de jouer. Cela signifie arrêter de fréquenter des établissements de jeu. Il est ainsi possible de faire une demande volontaire d'interdiction de jeu auprès des casinos par exemple et ainsi, même s'il peut arriver au joueur de flancher, les casinos ne le laisseront pas jouer. Ensuite, il convient de faire un récapitulatif des autres situations à risque avec toujours en tête de les éviter à tout prix.

Si l'addiction n'est pas encore assez avancée, il est possible de s'en sortir seul par la volonté ou avec l'aide de ses proches (qui devront donc être mis au courant de la situation). Mais la meilleure chose à faire reste toujours de faire appel à un professionnel afin de recevoir une aide adéquate. Ce dernier va commencer par diagnostiquer le joueur compulsif afin de découvrir l'étendue de sa ludomanie (autre nom du jeu pathologique) et de déterminer le traitement qu’il lui faut. En effet, si dans certains cas quelques visites régulières chez un psychologue suffisent, dans d’autres, un internement en clinique spécialisée peut devenir indispensable pour y suivre un traitement stationnaire. En général, l’objectif du traitement sera de rectifier les distorsions cognitives du joueur, de modifier son comportement face au jeu et de lui apprendre par la suite comment maîtriser son envie de jouer.

Se soigner en ligne

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Le jeu pathologique est une maladie désormais connue et contre lequel tout un arsenal curatif existe. On peut donc tout à fait en guérir. Le hic est que la plupart des joueurs pathologiques n’ont souvent pas envie de consulter des professionnels pour les aider à résoudre leurs problèmes. Cela s’explique par la honte qu'ils éprouvent face à leur situation ou parce qu'ils ont peur d'être jugés par le regard de l'autre. D’autres obstacles comme la peur du traitement et celui du coût des soins peuvent également apparaître. Pour ces personnes, il existe d’autres moyens de trouver de l’aide et cela se passe sur internet. Certains sites spécialisés comme http://www.joueurs-info-service.fr/ proposent d’aider les joueurs compulsifs dans un parfait anonymat. Le patient peut ainsi suivre les conseils d'un professionnel à distance et travailler sur son addiction en toute discrétion. Les avantages des traitements via internet sont nombreux. Il y a notamment la grande disponibilité du traitement qui est accessible à n’importe quelle heure, n’importe quel jour et de n’importe où. Ce type d’intervention peut également amoindrir la peur de la stigmatisation ressentie lors d’une consultation directe, ce qui peut amener les joueurs suivis à être plus sincères, plus expressifs et à s'épancher un peu plus sur leurs situations.

Enfin, en ligne, le joueur peut également échanger avec d'autres personnes qui sont, comme lui, à la recherche d'une libération ou qui ont réussi à se libérer de leur addiction. C'est là un échange d'expérience toujours bénéfique pour qui se bat contre une dépendance, car on réalise soudain qu'on n'est pas seul dans notre combat.